ASSEMBLEE GENERALE
DU 21 MARS 2009
RAPPORT MORAL ET D'ORIENTATION
Présenté par Pierre Vial, Président
1. Le contexte économique et politique.
Je n’apprendrai à personne que nous sommes entrés dans une crise mondiale, tout à la fois financière, économique et sociale. La mondialisation libérale est ainsi allée jusqu’au bout de sa logique en nous plongeant dans une crise financière qui s’est très rapidement étendue aux domaines de l’économique et du social, crise dont personne ne peut aujourd’hui établir le moindre pronostic de sortie.
Par ailleurs nous devons constater que l’affirmation et l’essor des pays émergents sur la scène internationale, s’ils bousculent les rapports nord/sud, ne résolvent pas pour autant les situations d’inégalité, inacceptables et insupportables pour tout avenir raisonné.
Ainsi les inégalités sociales s’accroissent et les droits de l’homme ne sont pas seulement bafoués en Tunisie, en Chine et dans bien d’autres pays mais en France également, notamment lorsque l’expulsion aveugle est la réponse à une immigration pourtant nécessaire et lorsque le pillage de compétences se pratique dans des pays qui, justement ont un besoin urgent de ces compétences pour assurer leur développement.
Quant aux conflits géopolitiques ils ne font qu’exacerber les tensions entretenues par des volontés hégémoniques de gouvernements au mépris des populations locales et nous ne devons pas oublier, à l’égal du peuple palestinien, tous ces peuples qui souffrent dans une certaine indifférence générale.
La nature elle-même ne nous épargne pas. Tous ceux qui aiment voyager sont naturellement sensibilisés aux catastrophes naturelles. Aussi aura-t-on aujourd’hui une pensée pour Haïti, dévasté par quatre cyclones qui laissent un des pays les plus pauvres du monde dans un état de détresse que seule la solidarité internationale permettra d’enrayer.
> Pourtant la Terre continue à tourner et dans le bon sens!
Une régulation économique mondiale est enfin en débat et les Etats-Unis, en choisissant Barack Obama comme président, suscitent de grands espoirs sur le continent américain et dans l’ensemble du monde. Espérons qu’il saura et pourra dépasser les intérêts nationaux, voire nationalistes, des Etats-Unis.
Mais au-delà de l’espoir, c’est en posant maintenant des actes significatifs, en relevant le défi de la promotion du capital humain pour créer un pont et un espoir entre les détresses sociales et la préparation de la reprise économique, qu’un optimisme salutaire nous guidera pour préparer un avenir porteur de sens.
Dés aujourd’hui donc, s’impose la nécessité d’une régulation démocratique de l’économie, dès aujourd’hui s’impose la mise en place d’une économie permettant une répartition plus juste des richesses et respectueuse d’un développement durable, enjeu majeur pour notre planète.
2. ARVEL entreprise de l’économie sociale.
A notre échelle, faire le choix de l’économie sociale permet d’affirmer la primauté de la personne sur le capital, et notre association, ARVEL, s’inscrit depuis bientôt quarante ans dans ce mode d’organisation économique, se situant ainsi clairement au service de ses adhérents.
A notre échelle encore, ne pas être tributaire des marchés financiers, démontrer qu’il est possible de concilier une gestion saine et transparente avec nos convictions et la satisfaction de nos adhérents, est certainement un gage pour l’avenir.
Nous l’avons déjà souvent affirmé, c’est bien la confiance de nos adhérents qui est notre meilleur capital.
Forts de ce constat, nous réaffirmons que notre engagement dans la promotion de l’économie sociale, partout où nous le pouvons, doit être un de nos objectifs.
C’est le sens de notre engagement dans l’UNAT (Union Nationale des Associations de Tourisme et de Plein Air).
3. Le tourisme facteur de développement et de solidarité
> Faire évoluer l’offre touristique
Nous avons également la conviction qu’il ne peut pas y avoir d’efficacité économique sans solidarité. C’est ainsi que l’activité touristique, secteur majeur dans le développement économique mondial mais prédateur à bien des égards, doit s’inscrire dans un nouveau mode de développement pour concilier la performance économique avec la gestion économe des ressources et le respect des peuples et des sociétés.
De même que progresse le commerce équitable dans les modes de consommation, avec ses limites et ses faiblesses, nous devons faire progresser dans le monde du tourisme une exigence de « qualité globale » tant environnementale qu’économique et sociale.
C’est pourquoi la promotion d’un tourisme alternatif, tel qu’ARVEL le propose, doit faire partie de nos engagements afin qu’une plus grande prise de conscience des touristes pèse sur les options essentiellement capitalistiques du secteur lucratif.
Nous devons être convaincants pour que nos adhérents s’engagent, non seulement dans la promotion d’ARVEL, mais dans celle plus large du tourisme tel que nous le concevons en termes sociaux, sociétaux et environnementaux et qu’ainsi ils aident à faire évoluer l’offre touristique.
> Prendre en compte l’écologique sans culpabilité mais avec responsabilité.
Le tourisme social a toujours été sensibilisé à la sauvegarde de l’environnement aussi aujourd’hui que la question d’un développement durable est clairement posée, il s’inscrit naturellement dans cette démarche.
Il s’agit effectivement d’un défi auquel nous devons répondre. Comment concilier le voyage avec la lutte contre les pollutions engendrées par les moyens du transport (véhicule individuel ou aérien), sans que les touristes soient les seuls à payer une pseudo culpabilité? Comment exprimer des exigences d’économie d’énergie auprès de nos fournisseurs quand la climatisation se banalise alors que d’autres modes de construction permettraient un confort d’aussi bonne qualité mais restent peu connus?
Nous avons une réflexion globale à organiser dans ce domaine mais les préconisations ne seront porteuses d’effets réels que si elles sont collectives, crédibles et comprises.
> Prendre en compte la dimension sociale et sociétale pour un développement humainement durable.
Le développement durable est posé principalement en termes écologiques, c’est pourtant globalement qu’il faut l’appréhender. Notre engagement dans ce domaine, à partir du tourisme, ne peut se limiter à la défense de l’environnement car le développement, s’il veut être durable, implique la prise en compte des dimensions humaines sociales et sociétales.
Ainsi, la sauvegarde de populations, principalement indigènes, qui sont les victimes du développement économique mondial, la protection de leur culture, de leur patrimoine et de leur mode d’organisation, généralement modèles de développement durable, fait partie de cette nécessité.
Cette défense est essentiellement portée par quelques organisations, comme « Survival International », et une page de la brochure Arvel Hiver Printemps 2009 lui était consacrée ; mais nous devons aller plus loin dans l’information de nos adhérents sur la sauvegarde de ces populations, reconnues par les Nations Unies avec l’adoption de la Déclaration des Peuples Autochtones.
Nous devons donc nous donner comme objectif d’être plus visibles dans ce positionnement. C’est un engagement solidaire complémentaire de ceux qui, au fil des années, se structurent à partir de notre activité.
4. Conjuguer solidarité internationale et solidarité nationale
> Une solidarité internationale plus visible.
Nos adhérents connaissent l’engagement d’ARVEL dans la solidarité internationale. Toutes nos destinations sont proposées avec la volonté d’avoir un rapport équitable avec le pays visité et sur certaines destinations, nous participons concrètement au développement local ou à des projets humanitaires à partir d’associations ou d’ONG partenaires.
En ce cas le versement de 20 € par voyageur, aujourd’hui, correspond à une aide identifiée, appréciable mais souvent insuffisante ; aussi nous faudra-t-il, sous une forme à déterminer, être plus performants dans cette contribution qui, parce qu’elle est proportionnelle au nombre de voyageurs, devient aléatoire si un problème géopolitique fait surseoir le voyage.
> Un financement plus pérenne.
Lors de notre Assemblée générale de l’année dernière nous avions décidé la création d’un fonds de solidarité pour soutenir de façon plus pérenne des projets portés par des partenaires. Nous allons donc vous proposer cette année d’attribuer une partie de nos résultats au financement des projets que nous soutiendrons à partir d’engagements contractuels avec des partenaires.
En provisionnant maintenant une capacité d’engagement nous garantissons la pérennité du choix que nous avons fait de soutenir des projets à partir de notre activité.
> Un engagement visible et garanti.
Si la solidarité internationale donne du sens au voyage elle est malheureusement de plus en plus utilisée comme élément de communication par des voyagistes n’hésitant pas à négocier, au delà du raisonnable, des prix de séjour et afficher simultanément le financement d’un projet social.
Il est donc nécessaire de pouvoir démontrer une gestion transparente tant de l’activité voyage que de l’aide et de la finalité des projets soutenus.